![]() |
| Dernier numéro paru : Hors série N° 1 - Spécial Charles Aznavour - mars 2003 |
|
Chroniques de CD |
||
![]() |
|
|
|
«Pagani à Bobino»
est son cinquième 33 tours chez Pathé réalisé,
comme les précédents, par Claude Dejacques. Plusieurs titres
de ce live viennent d'être réédités par Magic
Records : Le train de l'espoir, Sérénade, La cuisine,
le ménage et l'amour, Monologue de la solitude, L'étoile
d'or, L'amitié et Le réseau, un très beau texte écrit
en collaboration avec... Jacques Attali.
(L'ex-conseiller de Mitterrand écrira aussi une chanson pour Barbara, Coline, sur une musique de Franz Schubert, sur l'album « Rêveuses de parloir », en 1992.)Après ce disque en public, Herbert Pagani sort un dernier 45 tours chez Pathé : Les gens de nulle part - un superbe hymne à tous les exilés - et Vieux père Hugo, deux titres aujourd'hui réédités.
En 1982, lorsqu'il publie son dernier
disque, un 45 tours inspiré du film d'Alexandre Arcady, Le Grand
Pardon, avec deux chansons mises en musique par Serge Franklin (la chanson
titre et On n'est pas Danois), Pagani est considéré comme
un « revenant ». Pendant six ans, il s'est, de fait,
éclipsé de la scène, se consacrant à la sculpture
et à la peinture &emdash; les autres cordes de son arc. Ne lui
doit-on pas les impressionnantes fresques futuristes de Mégalopolis,
une comédie musicale enregistrée en 1972 mais peu jouée?Reprise
et adaptée (d'autres chansons de Pagani ont été ajoutées),
en février 1999, par Bernard Bitan, en accord avec Marcos,
le fils d'Herbert, Mégalopolis a connu un joli succès au
Bataclan, poussé par un Francis Lalanne barbu, qui a repris le
rôle tenu par Pagani. « Surfant » sur la vague
des comédies musicales, Mégalopolis version 1999 sort en
disque et, surtout, attire à nouveau l'attention sur son auteur
(dont beaucoup ne connaissent que La bonne franquette, classique des anniversaires!).
À cette occasion, EMI édite une compilation (« Chez
nous ») et Magic Records réédite, en 4 CD, dont
un double (« Mégalopolis »), la quasi intégrale
de ses enregistrements Pathé 1971-1977.Enregistré en 1971
à Milan, avec des musiciens italiens, « Concerto pour
Venise » possède une couleur qui deviendra la marque
des chansons d'Herbert Pagani. Celles-ci témoignent des préoccupations
de leur auteur : l'avenir de la planète et de l'homme, les
rapports humains, la consommation (« Les gens achètent
et s'imaginent que ça les rend heureux... »)... Cela dit,
Pagani n'a rien du triste sire (Concerto d'Italie) ni de l'intellectuel
décharné...De La bonne franquette à Chez nous, en
passant par Deux sous la douche, ses chansons célèbrent
aussi « la cuisine, le ménage et l'amour »,
pour reprendre le titre d'une de ses chansons. Original, le disque s'ouvre
sur un savoureux montage (Réveil téléphonique /radio/gargarismes).Double
album à l'origine (1972), Mégalopolis est présenté
en version intégrale (plus de 92'), avec un livret reprenant quelques
uns des textes et des dessins. Mégalopolis, écrit Pagani,
« c'est un roman musical, un film pour les oreilles (...), où
se mêlent politique-fiction, amour, humour et révolte.C'est
l'histoire d'un garçon et d'une fille qui se rencontrent, s'aiment
et décident de se battre contre un monde fantastique et terrible
qui est celui de notre avenir. »Le troisième CD débute
par Les années de la rage et les heures de l'amour, un texte marqué
par la crise du pétrole de 1974 : « Milan, Londres,
Amsterdam : rationnement d'essence.
Les dames du macadam s'hibernent le dimanche.Et pour les autoroutes, c'est l'aube du silence... ». Puis c'est La bonne franquette, Couleur blue jean délavé, L'étoile d'or... En bonus : deux titres rares parus en 45 tours : 1900, le thème du film de Bertolucci et Voyage de noces (musiques de Morricone) et le fameux Plaidoyer pour ma terre, texte écrit le 11 novembre 1975, réplique immédiate à l'adoption par l'ONU d'une résolution assimilant le sionisme à une forme de racisme, qu'il lira en direct sur Europe 1 puis au Grand Échiquier...« Peintures », le quatrième CD (1975) débute par Le show business, peinture - justement - féroce du métier. Il y a au moins deux autres chansons magnifiques sur ce disque : la version française du Gracias a la vida de la Chilienne Violetta Parra (Merci l'existence) et Leçons de peinture. Atypique, Pagani demeure un artiste « large » aux multiples casquettes, qu'on ne peut réduire à quelques étiquettes commodes (gauchiste, sioniste, écologiste...). Barbu, comme ceux de sa génération, il tourne le dos au folk américain et à son univers et s'offre de flamboyantes orchestrations européennes avec de grands musiciens italiens. Juif de gauche, il combat un certain antisémitisme en vogue dans les milieux gauchistes et tente de concilier sionisme et gauchisme. Vigilant, Herbert Pagani, navigue sans cesse entre racines et avenir. Écriture élégante, goût des mots, rimes riches, tout cela au service d'une pensée forte et de convictions fortement assumées.À notre époque où prédominent les textes « mous », ceux de Pagani devraient intéresser des interprètes en quête de répertoire consistant...
|
||
| Retour au menu des chroniques CD | ||
|
Je Chante est vendu uniquement par abonnement
ou au numéro par correspondance. téléphone (33) 01 64 26 65 03 | Fax: (33) 01 64 21 63 52 |