| FRANÇOIS DEGUELT
ou le Corsaire Mélancolique
Sil
me fallait emporter un seul disque sur la fameuse île déserte,
qui ne doit plus l'être tellement, d'ailleurs, à force
d'y recevoir le film, disque ou livre de la vie de chacun, ce pourrait
être une oeuvre de François Deguelt. Non pas Le ciel,
le soleil et la mer, qui par son seul climat (on ne disait pas encore
« son ») marqua à vie mon année 1965 autant
qu'Aline, Capri et autres petites perles de mémoire, et enlisa
quelque peu son interprète dans les sables mouvants du succès
d'été, l'enferma dans sa coquille dorée au
point de l'amener à se répéter et décliner
ce thème hédoniste sous toutes ses coutures ? minuit,
le vent, la mer, le bateau, les oiseaux, les îles et j'en
passe. Pas non plus le charmeur velouté de My lovely love
qui mettait vraiment le paquet et damait quasiment le pion à
Dino Martini sur son propre terrain en nous la faisant copain?coquin
: ceillades, tremolo et tout le reste, façon « live
at the Sands », avec sa voix de baryton?basse et des mots
chauds comme la braise. Non, si je devais choisir, ce ne serait
pas le Deguelt souriant, bronzé et ensoleillé des
juke boxes, qui allait d'ailleurs comme un gant à ce «
quadra » vagabond des sixties, la nonchalance faite homme,
mais l'autre François, plutôt mélancolique,
rêveur, fragile, et même engagé : le Deguelt
des ballades, slow rocks et autres faces lentes qui nous la jouait
bluesy en roulant de la rime intime et croquait à pleines
bouche des tranches de vies sans se prendre la tête pour autant
: des « Chansons d'homme », comme eût pu dire
Gabin, et qui plaisaient donc aux filles. Son tout premier enregistrement
en 78 tours ne s'appelait?il pas Vie quotidienne ?
...
La suite dans "Je Chante N°
30", la revue de la chanson française.
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