Sommaire du N° 28
Lynda Lemay, « intensément québécoise »

« Je crois que les carrières lentes sont les carrières les plus solides. D'abord, parce qu'on se donne peut-être un peu plus de mal, parce qu'on veut convaincre ceux qui ne sont pas convaincus. Parce qu'on veut aller les chercher au fond de la salle et non pas au premier rang. Et je pense, et c'est là que c'est important, que Lynda fera une très grande carrière. »

En 1999, sur le plateau de La Chance aux Chansons, Charles Aznavour redit à Pascal Sevran une fois de plus son admiration pour « la plus croustillante des Québécoises ».

Il est rare qu'un artiste de renom s'engage publiquement à soutenir un(e) débutant(e). Depuis qu'il l'a découverte au Festival de Jazz de Montreux, en juillet 1996, Aznavour ne manque pas une occasion de dire tout le bien qu'il pense de Lynda Lemay.

En janvier 1998, pour la promotion de son nouvel album et de son spectacle au Sentier des Halles (dix jours), Aznavour se transforme en attaché de presse : « Je voudrais vous parler d'une artiste rare pour laquelle j'ai eu un véritable coup de cœur dès la première fois que je l'ai entendue chanter. Elle fait un assemblage de mots tout à fait particulier et très différent des autres pour écrire ses chansons tour à tour drôles, mutines, profondes, motivées. Elle les offre au public avec une simplicité désarmante en s'accompagnant délicatement à la guitare. » Quelques mois plus tard, pour le retour de Lynda sur la scène de l'Européen pendant six semaines, le grand Charles est encore plus persuasif : « Je la trouve étonnante, surprenante, exceptionnelle ! Écoutez-la. »

Tout comme le « retour » d'Henri Salvador, le succès de Lynda Lemay a bouleversé les prévisions et les stratégies habituelles du showbiz... Pour Lynda Lemay, la reconnaissance est venue directement du public, a fonctionné essentiellement par le bouche à oreille. Et ce n'est pas aux autoproclamés critiques-qui-font-l'opinion que l'on doit les articles les plus élogieux. Le succès, aimait dire Cocteau, est une conspiration. Conspiration conjuguée de « la France d'en haut » (artistes, éditeurs, écrivains...) et de « la France d'en bas » (le public) qui a court-circuité celle du... « milieu » (le showbiz et les médias) !

En France, ce sont des artistes, tel Aznavour, des écrivains, tels Alexandre Jardin ou Jérôme Garcin qui, les premiers, ont alerté l'opinion. Dans ce cas, les « intermédiaires » n'y ont pas été pour grand-chose, excepté Pascal Sevran, toujours à part.

« Intensément québécoise »

Dans Paris Match, le romancier Alexandre Jardin (Le Zèbre) s'enthousiasme : « C'est rarissime de découvrir une artiste qui a déjà une œuvre accomplie. Elle est de celles qui me font aimer mon époque. Lemay chante le monde tel que je veux le voir : en refusant le tiède et en passant sans transition de l'extrême drôlerie à la gravité la plus cinglante. Elle est intensément québécoise. Elle est hors mode, et elle s'impose. » Écrivain et critique littéraire, Jérôme Garcin tente une explication. Pour le responsable des pages littéraires du Nouvel Observateur, Lynda Lemay est « parfaitement inactuelle et c'est là la clé de son succès. Elle défie tous les principes du marketing, comme les astronautes les lois de la gravité. »

Pour Catherine Faour, de Warner France, sa maison de disques, « le plus remarquable dans cette histoire, c'est qu'il n'y a pas eu, au départ, de plan de marketing ou de stratégie. Elle ne tournait même pas à la radio. Tout est né du public, du bouche à oreille. les Français avaient soif de chansons à texte et Lynda Lemay est apparue au bon moment. Nous n'avons eu qu'à suivre. »

 

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