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« Je
crois que les carrières lentes sont les carrières les plus solides.
D'abord, parce qu'on se donne peut-être un peu plus de mal, parce
qu'on veut convaincre ceux qui ne sont pas convaincus. Parce qu'on
veut aller les chercher au fond de la salle et non pas au premier
rang. Et je pense, et c'est là que c'est important, que Lynda fera
une très grande carrière. »
En 1999, sur le plateau de La Chance
aux Chansons, Charles Aznavour redit à Pascal Sevran une fois de
plus son admiration pour « la plus croustillante des Québécoises
».
Il est rare qu'un artiste de renom s'engage
publiquement à soutenir un(e) débutant(e). Depuis qu'il l'a découverte
au Festival de Jazz de Montreux, en juillet 1996, Aznavour ne manque
pas une occasion de dire tout le bien qu'il pense de Lynda Lemay.
En
janvier 1998, pour la promotion de son nouvel album et de son spectacle
au Sentier des Halles (dix jours), Aznavour se transforme en attaché
de presse : « Je voudrais vous parler d'une artiste rare pour laquelle
j'ai eu un véritable coup de cœur dès la première fois que je l'ai
entendue chanter. Elle fait un assemblage de mots tout à fait particulier
et très différent des autres pour écrire ses chansons tour à tour
drôles, mutines, profondes, motivées. Elle les offre au public avec
une simplicité désarmante en s'accompagnant délicatement à la guitare.
» Quelques mois plus tard, pour le retour de Lynda sur la scène
de l'Européen pendant six semaines, le grand Charles est encore
plus persuasif : « Je la trouve étonnante, surprenante, exceptionnelle
! Écoutez-la. »
Tout comme le « retour » d'Henri Salvador,
le succès de Lynda Lemay a bouleversé les prévisions et les stratégies
habituelles du showbiz... Pour Lynda Lemay, la reconnaissance est
venue directement du public, a fonctionné essentiellement par le
bouche à oreille. Et ce n'est pas aux autoproclamés critiques-qui-font-l'opinion
que l'on doit les articles les plus élogieux. Le succès, aimait
dire Cocteau, est une conspiration. Conspiration conjuguée de «
la France d'en haut » (artistes, éditeurs, écrivains...) et de «
la France d'en bas » (le public) qui a court-circuité celle du...
« milieu » (le showbiz et les médias) !
En France, ce sont des artistes, tel
Aznavour, des écrivains, tels Alexandre Jardin ou Jérôme Garcin
qui, les premiers, ont alerté l'opinion. Dans ce cas, les « intermédiaires
» n'y ont pas été pour grand-chose, excepté Pascal Sevran, toujours
à part.
«
Intensément québécoise »
Dans Paris Match, le romancier Alexandre
Jardin (Le Zèbre) s'enthousiasme : « C'est rarissime de découvrir
une artiste qui a déjà une œuvre accomplie. Elle est de celles qui
me font aimer mon époque. Lemay chante le monde tel que je veux
le voir : en refusant le tiède et en passant sans transition de
l'extrême drôlerie à la gravité la plus cinglante. Elle est intensément
québécoise. Elle est hors mode, et elle s'impose. » Écrivain et
critique littéraire, Jérôme Garcin tente une explication. Pour le
responsable des pages littéraires du Nouvel Observateur, Lynda Lemay
est « parfaitement inactuelle et c'est là la clé de son succès.
Elle défie tous les principes du marketing, comme les astronautes
les lois de la gravité. »
Pour Catherine Faour, de Warner France,
sa maison de disques, « le plus remarquable dans cette histoire,
c'est qu'il n'y a pas eu, au départ, de plan de marketing ou de
stratégie. Elle ne tournait même pas à la radio. Tout est né du
public, du bouche à oreille. les Français avaient soif de chansons
à texte et Lynda Lemay est apparue au bon moment. Nous n'avons eu
qu'à suivre. »
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